Réaction à la politique de périnatalité

Réaction à la politique de périnatalité

M. le Ministre de la santé, Dr Philippe Couillard

Suite à la publication de la nouvelle politique en périnatalité du Québec, l’Association des omnipraticiens en périnatalité du Québec( AOPQ) désire vous faire part de ses réactions concernant certains aspects. L’AOPQ accueille favorablement la nouvelle politique de périnatalité annoncée récemment. Elle comporte des initiatives et des actions concrètes pour faciliter le suivi de grossesse et l’accouchement, autant pour les futures mères que pour les professionnels qui les accompagnent et ceci en favorisant l’accès à ces soins en première ligne.

L’accessibilité aux soins périnataux et au suivi du nourrisson est certainement le point qui nous préoccupe le plus. Les femmes enceintes et leurs nourrissons ont besoin d’une utilisation judicieuse de tous les professionnels concernés : sages-femmes, gynécologues, omnipraticiens et infirmières.

Six pour cent des omnipraticiens (environ 400) assurent près de 40% des suivis de grossesses et des accouchements de la province à l’heure actuelle. Déjà débordés, ils peinent à augmenter leur offre de service ( 50 à 150 accouchements par médecin par année) devant la hausse récente de la natalité. Les récentes ententes entre le Ministère et la FMOQ visent à favoriser l’implication de plus d’omnipraticiens dans les soins périnataux par le biais d’augmentation de certains tarifs et la rémunération du parrainage des nouveaux médecins accoucheurs. Ces mesures pourront aider quelque peu. Cependant, leurs effets seront marginaux dans un contexte où il y a pénurie d’omnipraticiens avec peu d’ajouts nets au niveau des effectifs dans la majorité des régions. Par ailleurs, on nous demande d’en faire plus dans à peu près tous les domaines de la santé, incluant la deuxième ligne.

Une avenue plus prometteuse et dont votre politique ne fait pas mention, serait de favoriser l’embauche d’infirmières dans nos cliniques pour nous aider à faire certaines visites de suivi de grossesse et de nourrisson. La politique actuelle de deux infirmières par GMF engagées par le CSSS n’est pas assez généreuse et trop rigide. Elle ne permet pas non plus de recruter des infirmières retraitées du milieu hospitalier qui seraient intéressées à travailler avec nous à temps partiel. Dans un contexte de pénurie d’infirmières, il est regrettable que cette ressource compétente ne soit pas utilisée. Également, pour favoriser la rétention de nos infirmières dans les salles d’accouchement nous proposons qu’elles obtiennent le même statut que leurs collègues des soins intensifs et de l’urgence. Cette amélioration salariale inciterait la venue de nouvelles infirmières et augmenterait le taux de rétention de celles déjà en place.

Nous sommes d’accord que les sages-femmes soient mises à contribution pour favoriser l’accessibilité aux soins périnataux et ce, dans une approche alternative qui peut tous nous enrichir. Par contre, pour « rentabiliser » l’ouverture de 13 maisons de naissance, on devrait les inciter à assumer plus que les 20 suivis de grossesses et les 40 accouchements que chacune fait par année actuellement. Je vous rappelle que les omnipraticiens font de 50 à 150 accouchements par an en plus d’une pratique générale déjà accaparante. En attendant l’ouverture de nouvelles maisons de naissance, les sages-femmes actuellement chômeuses pourraient travailler dans certains CLSC et faire leurs accouchements en centre hospitalier et à domicile pour les rares femmes qui font ce choix. Ce travail en CLSC leur permettrait une meilleure intégration avec les différents services du réseau et la prise en charge de plus de femmes vulnérables au niveau psychosocial.

D’autres objectifs de votre politique en périnatalité ont retenu notre attention. L’AOPQ se réjouit que le ministère mette enfin en oeuvre un programme de dépistage de la trisomie gratuit et accessible dans toutes les régions. Nous sommes aussi d’accord que ce programme ne soit pas présenté aux femmes comme une norme de pratique mais bien comme un choix qui leur est offert.

L’AOPQ se montre aussi très ouverte à toutes les mesures proposées pour diminuer les interventions obstétricales. Elle est prête à participer activement à ce processus. Pour que celui-ci entraîne des changements, il devra comporter une part importante d’information auprès de la clientèle et du grand public. Il devra aussi influencer les directives cliniques dictées par nos sociétés savantes qui emprisonnent souvent les médecins soucieux de diminuer leurs interventions.

Nous espérons que ces commentaires contribueront à mettre en place une politique de périnatalité favorisant l’accessibilité, la continuité, la globalité, l’humanisation des soins périnataux.

Nos salutations les plus distinguées,

L’exécutif de l’AOPQ

Dr Sylvie Berthiaume
Dr Gilles Brunet
Dr Alain Demers
Dr Micheline Desgagnés
Dr Dominique Pilon
Dr Mélanie Savard-Côté

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