Quotas d’accouchements au CHUM : une réponse absurde à la hausse de la natalité

Quotas d’accouchements au CHUM : une réponse absurde à la hausse de la natalité

La situation au CHUM concernant les quotas d’accouchement illustre bien à quel point les administrations hospitalières, l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal et le Ministère de la santé tardent à s’ajuster à la hausse du taux de natalité de 10% observée dans notre île depuis 2 ans.

Les médecins accoucheurs du CHUM, gynécologues et omnipraticiens, ont su s’adapter à ces nouveaux besoins et hausser leur offre de service pour faire 200 accouchements de plus par année, soit 2700 alors que l’hôpital reçoit un budget pour 2500. Notre administration refuse de réclamer à l’Agence une augmentation de fond qui correspond à la nouvelle réalité afin de soulager le personnel infirmier. Elle nous demande plutôt de refuser encore plus de patientes enceintes que nous le faisons déjà pour redescendre à 2500 accouchements. C’est ce qu’on appelle pelleter le problème chez le voisin. Pourtant, les autres hôpitaux de la région sont déjà débordés et certains n’ont pas la même marge de manoeuvre que le CHUM quant aux ressources médicales. Quant à la clientèle de la couronne sud et nord, elle ne représente que 10% de nos patientes et elles travaillent pour la plupart à Montréal ou encore, nous sommes déjà leur médecin depuis leurs grossesses antérieures.

L’administration du CHUM s’inquiète avec raison de la pénurie d’infirmières. Pourtant, cette pénurie existe aussi dans les autres hôpitaux francophones de Montréal. Les patientes qui accouchent ne reçoivent pas toujours le support dont elles ont besoin et parfois des situations dangereuses pour la mère et l’enfant peuvent se développer. Le Ministère avec les syndicats doivent trouver des solutions spécifiques aux grands centres urbains pour ce problème. M. Couillard devrait aussi accorder aux infirmières des salles d’accouchements la prime déjà offerte aux infirmières de soins intensifs et de salles d’urgence. Quant à l’Agence de Montréal, elle devrait donner à chaque centre hospitalier, pour le budget 2008, les fonds correspondants aux nombres d’accouchements faits en 2007 et non selon ce qui était planifié. Ceci permettrait à chaque centre de trouver des solutions originales pour soulager ses infirmières.

Certains hôpitaux comme Sacré-Coeur ont encore des installations désuètes pour accueillir les femmes qui accouchent et n’ont pas comme priorité de les mettre à niveau. Le Ministère devrait les contraindre à le faire et débloquer les budgets en conséquence.

Dans la plupart des milieux hospitaliers, c’est aussi le manque de ressources médicales qui limite l’accessibilité au suivi de grossesse dans un délai raisonnable. Il faut donc augmenter le nombre d’infirmières en clinique externe et offrir aussi le support d’infirmières aux médecins dans leurs cliniques privées. Elles pourraient remplacer le médecin pour certaines visites de routine. Des ententes entre le Ministère, la FMSQ et la FMOQ viennent d’être faites à ce sujet. Il faudrait les concrétiser rapidement. Mais attention ! Il ne faut pas dégarnir nos salles d’accouchements pour ces postes mais plutôt recruter auprès des infirmières en fin de carrière ou déjà retraitées.

Et les sages-femmes dans tout ça ? Je crois qu’elles devraient augmenter leur nombre d’accouchements qui n’est que de 40 par an chacune comparativement à 60 à 150 pour la plupart des médecins. L’ouverture de nouvelles maisons de naissance prévue par le Ministère de la santé aurait ainsi un peu plus d’impact sur la pénurie de professionnels en périnatalité que nous connaissons maintenant. Cependant, les sages-femmes sont trop peu nombreuses actuellement pour suffire à combler la hausse de la natalité.

Voilà un survol de solutions concrètes et rapidement réalisables que les gestionnaires et le Ministre de la santé devraient mettre en oeuvre afin d’offrir un service sécuritaire et de qualité pour toutes les femmes enceintes. Plusieurs de ces solutions s’appliquent aussi aux autres régions du Québec. Notre société a développé des programmes efficaces (garderie, congés parentaux) pour hausser le taux de natalité. Les femmes ont répondu à l’appel. Nous devons maintenant leur permettre de vivre leur grossesse et leur accouchement dans la sérénité et la sécurité et ajuster les ressources en conséquence.

Dr Sylvie Berthiaume, omnipraticienne
Chef de service de périnatalité du CHUM
Membre de l’exécutif de l’Association des omnipraticiens en périnatalité du Québec